Qui est Irvin D. Yalom ?

Psychiatre et professeur émérite de Stanford, Irvin D. Yalom (né en 1931) est une figure majeure de la psychothérapie existentielle. Sa vision place la relation au cœur du soin : travailler à partir de ce qui se vit ici-et-maintenant entre patient et thérapeute (authenticité, responsabilité, liberté de choisir), plutôt que d’appliquer des protocoles standardisés détachés de la personne.

Yalom a souvent exprimé ses doutes sur une évolution « économique » de la psychothérapie : formations raccourcies, exigences institutionnelles de rendement, standardisation des techniques. Son inquiétude : qu’en voulant réduire les coûts, on réduise l’exigence clinique et la qualité de la présence, alors que la transformation se loge précisément dans la rencontre humaine, difficile à « industrialiser ».

Ses contributions majeures

  • Psychothérapie de groupe - The Theory and Practice of Group Psychotherapy : mise en évidence des facteurs thérapeutiques (cohésion, universalité, apprentissages interpersonnels, etc.).
  • Psychothérapie existentielle - Existential Psychotherapy (fr. Thérapie existentielle) : travailler les « données de l’existence » (mort, liberté, isolement, quête de sens) à partir du vécu relationnel.
  • Essais cliniques - The Gift of Therapy (lettre ouverte aux jeunes thérapeutes) ; Love’s Executioner (vignettes cliniques).
  • Romans psychologiques - When Nietzsche Wept (Et Nietzsche a pleuré) ; The Schopenhauer Cure (La méthode Schopenhauer) ; Staring at the Sun, etc.
  • Mémoire - Becoming Myself : retour sur sa trajectoire et sa pratique.

Remarque : titres indiqués dans leur version originale (plusieurs sont traduits en français).

Une parole qui marque

« Pourtant, je suis persuadé que le thérapeute, “dans sa cuisine”, saupoudre ces petits plus qui changent tout. »

Contexte : dans l’introduction de Thérapie existentielle, Yalom raconte avoir suivi des cours de cuisine. En reproduisant scrupuleusement la recette, il n’obtenait jamais le même résultat que sa professeure… jusqu’à découvrir ses gestes discrets : une pincée d’épices rajoutée pendant la cuisson, un ajustement de feu, un temps d’attente. Yalom fait l’analogie avec la psychothérapie : il existe des ingrédients solides (cadre, techniques, repères), mais la qualité de la rencontre tient aussi à ces « petits plus » - la présence, le tact, l’ajustement fin au patient - que l’on ne peut pas entièrement codifier.

Source : Irvin D. Yalom, Thérapie existentielle (introduction).

Ce que j’en retiens dans ma pratique

  • L’alliance avant la technique : la présence d’un autre humain soutient souvent plus que la « bonne interprétation ».
  • Authenticité : oser la parole vraie, ajustée au lien (plutôt qu’une posture experte distante).
  • Accompagner l’existentiel : deuil, solitude, quête de sens - « vivre avec », pas seulement « corriger ».

Pour conclure

Avec Yalom, la thérapie n’est pas une application de protocoles : c’est une rencontre exigeante, où l’on travaille ce qui se passe entre nous pour éclairer ce qui se passe en vous. Sa pensée me rappelle de privilégier l’alliance avant la technique, et d’assumer une authenticité ajustée plutôt qu’une neutralité distante.

Concrètement, cela influence ma pratique : prendre le temps d’installer un cadre clair, écouter les données existentielles quand elles surgissent (deuil, solitude, sens), et cultiver ces « petits plus » qui rendent la relation vraiment soignante - présence, précision du mot, respect du rythme, délicatesse du geste.

Ce qui compte au fond : avancer en vérité, à un rythme soutenable, vers des choix plus libres et des liens plus justes.